QUATRIÈME CAHIER                                 ÉCRIVEZ NOUS  VOS RÉACTIONS  

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Dimanche 23 juillet 06, Quiberon

 

Une nouvelle saison à Quiberon a commencé. J’ai repris mon rôle de saltimbanque et mon répertoire de chansons françaises, les grands classiques : Brassens, Gainsbourg, Bobby Lapointe, Brel, Ferré, Dutronc etc. Pour illustrer cela je me permets une petite auto citation, le premier couplet de « Vivre là », chanson que j’ai écrite ici-même l’année dernière :

 

« C’est pas un rêve de midinette

Un mythe de télévision

Bien qu’un refrain par omission

Ait pu l’oublier dans ma tête

C’est un rêve né au fil du temps

Sur ce bras tatoué par les Celtes

Presqu’île qui m’a pris dans son gant

Contre une brassée de chansonnettes

 

Vivre là en toute saison

Vivre là comme Voulzy et Souchon

Vivre là dans une p’tite maison

Entre Houat Hoëdic et Quiberon

Vivre là Vivre là. »

 

Oui, sans la chansonnette il me serait bien impossible de passer un mois ici chaque année. Mais voilà, je fais maintenant partie du décor. Les habitués du coin m’attendent chaque année et, si je tarde, il se demandent : « il va pas venir le chanteur ? »

Bien sûr, je ne vais pas partout. Je vais chanter dans les endroits où il y a des équipes sympa. Les cons n’acceptent pas d’ouvrir leur porte aux chanteurs, ceux qui ne pensent qu’au fric non plus. Alors je recommande les endroits qui m’accueillent, ce sont les meilleures adresses :

- la Criée où l’on entendra avec, dans l’assiette, des mets somptueux, l’écailleur Lorenzo chanter avec moi « La pauvre bernique », un remake des amants de Saint Jean version fruits de mer qu’il a écrite lui-même.

- le Vivier , lieu de rêve pour une soirée sur la côte sauvage. Familier ou familial, décontracté, avec un patron, Jacques, à la gentillesse légendaire

- La Chaumine , autre lieu de gastronomie à prix non prohibitif, équipe accueillante et ambiance très feutrée dans un petit village de l’intérieur de la presqu’île

- La Strada , C’est une pizzéria type des années soixante dix. L’accueil y est sacré, le patron est au four à bois, la patronne vous met à l’aise avec une voix chantante de commerçante sincère. Et la clientèle est à l’image de ce vieux couple représentant une génération typique de commerçants : bien élevés et pourtant prêts à entonner « Quand margot dégrafait son corsage » quand l’occasion se présente. Une belle idée de la France…

- Les bords de mer sont certes d’une autre nature, mais, si les patrons sont sympa, les équipes donnent le meilleur d’elles-mêmes. Il en est ainsi de quelques restaurants de la promenade de Port Maria, en bord de plage : Le Rétro , Cote et Mer et l’Ile Verte . On arrive, là aussi à avoir des ambiances du tonnerre sauf quand le bateau de Belle-Île sort du port. A ce moment, l’attraction est plus forte, les yeux quittent le chanteur et s’en vont regarder la lente manœuvre du navire qui s’éloigne lourdement pour s’enfoncer dans l’horizon.

- J’ai oublié la Pourlette , crêperie du centre de Quiberon qui, elle-aussi n’a pas besoin que je lui fasse de la pub, ils sont toujours complet. Dommage que l’ouverture en continu fatigue un peu une équipe que j’ai connue plus joueuse et décontractée. Ils en restent cependant accueillants et respectueux du saltimbanque insolent qui s’en vient leur rafler quelques pourboires…

 

Voilà, j’en ai oublié quelques uns, le Turbotin par exemple, sympa lui aussi, très vieille France, feutré, grande restauration, avec les pensionnaires de l’hôtel qui ont connu la seconde guerre mondiale. Une façon très classique d’envisager le métier, et pour les clients murmurants et bien élevés, de se tenir.

 

Hors les heures de travail, on apprécie le climat idéal en cette partie de la saison. Pas de canicule, par les surchauffes qui se sont généralisées dans toute la France. Avec le soleil il y a toujours cette petite brise qui nous évite le malaise. On est bien, on respire, - mais attention les coups de soleil !

 

Cette page bretonne commencera le quatrième cahier. Je m’en rejouis. Enfin publier ces impressions de Bretagne si particulières, si chères à mon cœur. Depuis 18 ans que je viens ici chaque été, il en est des strates de vie, des sensations enfouies, prêtes à ressurgir à la moindre occasion. Nous verrons cela plus tard. Un peu de patience…

 

Ah, au fait, hier j’ai croisé Voulzy sur le sentier de la plage. Je l’ai accosté puisque, l’année dernière, je n’avais pas pu le voir. Je lui ai parlé de mes chanson (« Vivre là » en particulier), de ces nombreuses années à entendre les restaurateurs me dire : « Tiens, l’autre fois sont venus Voulzy et Souchon ! » sans que je les aies, moi-même, jamais rencontrés. Ca y est, le contact est pris. Autre affaire à suivre.

 

 

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Mardi 25 juillet 2006, Kerhostin

 

Petit matin (à relativiser avec la période des vacances…) au camping municipal. Calmement les campeurs sortent de leur toile ou de leur caravane. On les voit préparer le petit déjeuner sur des campings gaz, au sol ou sur pied. On entend peu de voix. Seulement le ronronnement des voitures sur la route principale de la presqu’île.

Hier matin j’attendais les amis musiciens que j’ai rencontrés avant hier au port de St Goustan à Auray. Ils faisaient la manche devant les terrasses du port, l’un à la guitare, l’autre au Caron (percussion cubique, en bois, venue du Flamenco). J’étais en train de travailler comme eux à l’autre bout de la place et j’ai aimé le « bruit » qu’ils faisaient. Ils avaient une attitude sympathique face au public et nos musiques ne se gênaient pas.

Nous nous sommes ensuite retrouvés à boire le café sur la même terrasse et nous avons fait connaissance, eux et leurs amis, une bande de Rennais sympa. A la fin de la conversation Théo les a invités à venir nous rejoindre le soir à Kerhostin, car Théo avait décidé de faire un feu sur la plage. Le premier feu dont il aurait 100% la responsabilité.

Je leur ai laissé mon téléphone en leur demandant de m’appeler après 23 h puisque, avant, ding doling, je gagne ma vie. Agréable surprise, à 23 h 05 ils m’appelaient pour me demander où était le feu.

 

« Moi j’aime les nuages et le vent

Les feux sur la plage de Lizeau… » (Extrait de la chanson « Vivre là »)

 

La plage de Lizeau n’est pas tout à fait celle où a lieu nos traditionnels feux de plage. C’est juste la plage d’à coté. J’ai choisi Lizeau dans la chanson tout simplement parce que la rime était meilleure. Mais peu importe, à 500 m près c’est la même.

Donc nous avons retrouvé Théo qui nous avait préparé un beau bûcher. Depuis 21 heures il avait réservé la place. Nos amis rennais avaient apporté quelques boissons et, à la lueur des flammes nous avons approfondi la connaissance des uns et des autres. Il y avait Matthieu, Matthias, Jean-Matthieu (à croire qu’ils s’étaient rencontré dans le bottin !) ainsi que  Sarah et son petit ami Loïc.

Le temps était doux, le vent calme, les étoiles dans le ciel, les lumières, en face, dans la baie de Carnac. Derrière nous le rocher en creux qui monte vers le sentier menant du camping au village. Que dire de plus sinon qu’il n’y avait rien à ajouter, que tout était parfait et que nos amis discutaient bon train.

 

Justement, il n’y avait rien à ajouter. Or, vers deux heures, voici que trois hommes s’approchent avec des lampes puissantes. Des hommes tout habillés de noir, dans des combinaisons à raz le corps et qui avaient écrit, dans le dos, la marque de leurs vêtements : « Gendarmerie nationale » :

« Bonsoir Messieurs, excusez-nous de vous déranger, je sais que vous êtes en vacances mais les feux sur la plage sont interdits. Donc je vais vous demander d’éteindre votre feu et de me présenter vos pièces d’identité »

Correctement exprimé. Rien à redire. Du bon travail. Ce qui fait qu’on a commencé, tout en jetant un peu de sable sur le feu, à discuter : « vous êtes d’où ? Vous faites quoi ? Ah, vous êtes de Rennes, nous aussi ! En tout cas vous êtes un peu plus sympa que les CRS que la préfète nous a envoyés cet hiver ! » Et les voilà en train de raconter ce nettoyage des rues qu’il y a eu à Rennes après la fermeture des cafés. Nettoyage réalisé par des CRS pourvus de lances à incendie et qui, eux, ne versaient pas dans le dialogue. C’est ainsi que quelques uns de mes amis se sont retrouvés la nuit en garde à vue. Tout cela parce qu’ils terminaient la soirée en discutant dans les rues vers les deux heures du matin.

Nos visiteurs du soir écoutaient ces récits avec un rictus aux lèvres, ravis d’entendre du mal de leurs rivaux du ministère de l’intérieur.

 

Comme personne n’avait ses papiers, ils ont relevé nos noms en palabrant tranquillement puis, après une vingtaine de minutes, ils sont repartis vers d’autres cieux. Mes camarades étaient enchantés d’avoir pu avoir un rapport non conflictuel avec des forces de l’ordre et nous avons continué à discuter en respectant scrupuleusement nos engagements : la bûche mourant tranquillement dans le foyer recouvert de sable.

 

Le lendemain, mes amis, qui ont dormi sur la plage, sont venus nous retrouver au camping. Je les avais invités pour le petit déjeuner. Matthieu, le chanteur, avait la voix un peu enrouée et avait décidé de remonter sur Rennes avec son amie après le déjeuner. Matthias et les autres resteraient l’après-midi.

Après la collation nous sommes allés nous baigner à la côte sauvage.

 

A moment de quitter la plage, un type se lève et nous dit : « Alors, l’eau était bonne ? » Tout le monde se retourne en se demandant qui c’était. Il continue : « Et la musique, ça va ? » Voyant qu’on ne le reconnaît pas, il enlève ses lunettes de soleil. C’est alors que Matthias dit : « Ah mais c’est le… » et l’autre met son index sur ses lèvres. Tout le monde reconnaît alors le chef des gendarmes de la veille. Petite palabre et au-revoirs. Loïc nous dit en partant : « C’est la première fois que je trouve un flic sympa »

Nous échangeons nos téléphones sur le parking, on se dit « à bientôt ! » et chacun s’en va dans sa direction. Sûr qu’on se reverra. Le monde est si petit… quand on a une passion en commun !

 

 

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Samedi 29 juillet, Kerhostin

 

Matin blanc comme il y en a souvent sur la presqu’île. Cela permet aux couche-tard de dormir tranquilles. Et le ciel se dégage vers midi. Ce qui fait qu’on ne cuit pas comme des homards, - Les homards il y en a assez dans les frigos.

 

Hier soir était un vendredi de belle tradition quiberonaise. La bonne humeur a commencé sur « Cote et Mer » lorsque un serveur me dit « Alors, on ne nous fait plus notre hymne national ? » Entendez « le morceau de Bobby Lapointe T’as pas tout dit à ta Doudou » Et puis, peu à peu l’attention monte, à « La Chaumine  » que je ne saurais trop conseiller à des amateurs de fine cuisine traditionnelle orientée vers les poissons, les lèvres fredonnent avec moi les chansons de Brassens à Jeanne Moreau et la patronne, qui était un peu morose la semaine dernière, se met à chanter « La maman des Poissons » avec un joli sourire aux lèvres. Mais ce n’était encore que l’apéritif. Le vrai plat de résistance se consommera au « Vivier » où tout le restaurant va se mettre à chanter avec moi les classiques de mon répertoire d’été. On entonne au milieu un « joyeux anniversaire » pour une jolie Sandrine venue avec ses amis, des gens d’ici, Bretons au cœur ouvert qui font pas dans la bouche tordue et le cul serré. Derrière les baies vitrée du restaurant un magnifique ciel couchant sur la mer, aux multiples couleurs, des gris bleutés, des oranges, des roses, avec une dentelle de nuages allongés, travaillés par le vent, tandis que les vagues sont sculptées par le contre jour. Une beauté de ciel qui va trouver son pendant dans une chanson lorsqu’un client me demande de jouer « Amsterdam ».

Puis je demande à Théo d’aller chercher son violon. Nous allons jouer l’introduction des négresses vertes, puis « Vivre là » que les clients vont écouter et applaudir généreusement. A la fin, on glisse des pièces dans la main de Théo, il est content, de quoi le motiver à travailler son instrument sérieusement l’année prochaine.

 

Après c’est un autre programme. Car Lorenzo, l’excellent écailleur de La Criée (plein tous les soirs, qui ne prend les clients que sur réservation) m’attend pour aller l’accompagner au Bar du pêcheur où il va interpréter « la bernique », sa chanson crustacée.

Devant le Bar du pêcheur une foule de gens sont en train d’écouter la fin du concert de Rémi Sabot, la star du lieu tous les vendredi soir. Chansons de Marin, répertoire classique des années cinquante-soixante : Aznavour, Bécaud. Rémi a sa traditionnelle casquette de marin et son accordéon dans les bras. Il envoie des blagues entre les morceaux, un peu caustique, avec cette bonne rudesse terrienne qui fait se pâmer des femmes mûres. Avec Rémi elles retrouvent leur légèreté d’antant.

Quand j’arrive à la Criée je trouve un Lorenzo à peine éméché. Je crois que le trac d’aller chanter devant ce public nombreux (il y a facilement 200 personnes) l’a fait lever le coude un peu trop. Sans compter la fatigue, car les journées sont longues quand on fait ce métier. Si la Criée a la réputation de meilleur restaurant de fruits de mer et de poisson de la presqu’île, vous imaginez la quantité de travail nécessaire pour faire tourner la boutique. Bon ! On vient nous appeler. Rémi a fini et le public attend Lorenzo. Ici tout est ritualisé, chaque vendredi soir on s’écrie « Lorenzo ! Lorenzo ! » et mon Lorenzo laisse ses fruits de mer, sort de la Criée pour entrer dans le rade d’à côté et chanter :

 

« La pauvre bernique

Oui c’est elle qui lui gagnait son fric

Le turbot si beau qui lui sifflait

Ses frais de maquereau »

 

Je faisais un peu ombrage à la tradition car, d’habitude, Lorenzo chante a capella. Rémi dit qu’il ne saurait pas l’accompagner à l’accordéon. Moi je crois qu’il n’a pas envie et que c’est trop pratique que la chanson de Lorenzo fasse diversion pendant qu’il s’en va s’asseoir au comptoir. Sinon son public ne le laisserait pas s’en aller.

Alors ce soir, Lorenzo est content d’être accompagné. Rémi a permis que je branche mon jack sur sa sono et va z’y Lorenzo !

« Si quand je m’avance tu recules

Comment veux-tu comment veux-tu

Mais si quand je m’avance toi tu recules

Comment veux-tu que je tentacule ! 

La pauvre bernique, oui c’est elle…. »

 

Ca c’est la fin d’un couplet qu’a rajouté Rémi Sabot à la chanson de Lorenzo, c’est pas de la dentelle mais, derrière quelques verres d’entre deux mers, ça fait son effet.

 

Après la chanson on rejoint le bar à notre tour. Rémi Sabot qu’un client sépare de nous ne viendra pas nous parler. C’est là que, finalement, je trouve que le vrai personnage n’est pas aussi sympathique que celui qu’il affiche devant son public. Son large visage si convaincant sur scène se raidit dès qu’il a posé son accordéon. Est-ce que le personnage s’est pris au jeu de la vanité de son succès ou est-ce que simplement il en est prisonnier ? Star des Mamies toute l’année, est-ce qu’à la longue ça ne devient pas un peu asphyxiant ?. Je me pose la question. En tout cas les rapports sont clairs : il m’ignore. Quand je le saluerai en lui disant « merci » d’avoir fait intrusion dans son show, il me fera un sourire dont la grimace n’échappera pas à Théo qui était à côté de moi. Le message est clair : t’approche pas trop près et tout ira bien.

 

Soit. Après un petit passage à La Criée où un pécheur du nom de Charlie acceptera de nous emmener, lundi 7, en mer avec son chalutier, nous passons voir la fin du concert aux Mystères de L’Ouest. On y  trouve Ingrid, la patronne du « Suroît » LA discothèque de la Presqu’île. Je connais Ingrid et son petit ami Dominique (qui doit avoir dix ans de moins qu’elle) depuis de longues années. Ingrid a tout à fait la tête de son métier et, si j’avais à mettre en scène, dans un film, une patronne de boite de nuit, je crois que j’irais la trouver pour lui proposer le rôle. Classieuse mais accessible, à peine désabusée, Ingrid est un mélange d’autorité, de charme et de gentillesse. Des cheveux blonds entretenus par l’art des coiffeurs, des lèvres charnues à la Jeanne Moreau, des yeux bleus qui doivent avoir laissé dans leur sillage une bonne quantité de victimes et une voix basse, veloutée. Comme elle était venue seule voir la fin du concert maintenant terminé, Ingrid nous invite à nous asseoir avec elle. Les Mystères de l’Ouest sont installés dans une cour intérieure, avec, au centre un massif de bambou. Jardin intra-muros, barrières de bambou, baraque en planches couverte d’une bâche en plastique transparent, - le lieu fait penser au décor d’un roman de Philippe Djian. Nous parlons de concerts et, peu à peu, la conversation dérive vers la politique actuelle des collectivités en matière de bruit. Ingrid trouve la situation catastrophique. Pour les bars, pour les musiciens, pour l’animation culturelle en général. Un coup de fil d’un hystérique du silence et vous avez les flics devant la porte. On ne demande pas aux agences immobilières de déconseiller aux personnes sensibles de ne pas s’installer près d’un bar. On ne demande pas de compte aux plaignants, on n’installe pas de limite, non, on interdit, on sanctionne. Pas d’arbitrage.

Exemple, Le bar de l’U à Besançon. Qui a investi une fortune dans l’isolation sonore et qui organisait un concert par semaine. 300€ par groupe, multiplié par 4 cela fait 1200€ investi dans la musique par mois. En enlevant les mois d’été, cela fait 12 000 € par an pour entretenir un vivier de musiciens peu connus. N’est-ce pas un bien public ? Sans compter tous ceux qui sont venus écouter ces concerts. Eh bien, voici qu’un jour un agent immobilier met en vente l’appartement connexe au bar. Un couple du troisième âge se présente, ils achètent l’appartement. Un mois après, suite aux coups de fil obsessionnellement répétés à la police, le bar se voit obligé d’installer un compteur de décibel limité à 80db. Le bar de l’U cesse d’être un bar à concerts. Une scène en moins pour les musiciens, 40 concerts par an, pas loin de 40 groupes, des milliers de spectateurs privés d’une scène, et tout cela pour deux vieux qui n’auraient jamais dû s’installer là.

Où est le bien public ?

Ingrid m’offre un verre de Champagne, à Théo un jus d’abricot.

Théo qui ne perd pas une goutte de cette galerie variée de portraits que la Presqu’île nous a offert au cours de la soirée.

Ingrid parle de sa passion des ventes aux enchères, de son incapacité de se servir d’un ordinateur « Je n’arrive même pas à programmer mon magnétoscope, du coup on ne regarde plus de films », - un peu aussi du patron des Mystères de L’Ouest qui traîne derrière lui un lourd passé de vie marginale et toxicomane et qui aura bien du mal à faire vivre son bar crêperie d’autant plus qu’il est ivre une bonne partie de la journée…

Et puis l’heure vient pour elle de rejoindre son établissement de nuit, et pour nous de rentrer nous coucher.

C’est l’heure où la Presqu’île se sépare en deux espèces foncièrement distincte, les oiseaux de jours et les oiseaux de nuit….

 

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Lundi 31 juillet 2006

 

Première vraie journée de mauvais temps sur la Presqu’île. Le camping a l’air tout penaud sous la pluie. Les tentes ploient et luisent tristement, renfermant les touristes silencieux. Mais les paysans vont être contents. On oublie toujours les paysans quand on prend des vacances. Egoïstes que nous sommes ! Et les beaux artichauts de Bretagne, que mes amis tchèques ont dégustés, il y a quelques semaines, une grimace aux lèvres d’avoir à y mettre les doigts ! Pas l’habitude de manger ainsi. Ludmila me disait : « J’ai l’impression d’être en Afrique et de manger un plat indigène ! » Les tchèques ont décidément pas la même vision de l’Afrique que la plupart d’entre nous. Si la colonisation a du bon, à posteriori, c’est qu’elle nous a ouvert, nous autres descendants de ces envahisseurs primitifs, à la beauté de ces populations et familiarisé à leur présence à côté de nous, pour finir par avoir d’eux une vision moins caricaturale. Mais il a fallu du temps ! Quelques siècles pour se comprendre à peu près, pour se respecter, - et encore, nous sommes loin de la perfection en ce domaine !

Je pense que nous n’en sommes plus tout à fait au même point. Beaucoup réussissent à voir les populations africaines d’un autre œil et beaucoup commencent à se rendre compte qu’il serait bien de cesser de spolier ce continent comme nous l’avons toujours fait.

Voir par exemple le Congo, avec sa puissance minière qui aurait pu en faire un pays prospère si un Mobutu ne l’avait pas laissé en ruines, de mèche avec nos compagnies minières ! On se souvient de l’affaire des diamants offerts à notre cher président Giscard d’Estaing par ce pillard de l’ancien Zaïre. Oui, nous sommes encore loin du compte quand au respect du peuple africain, et ces premières élections soit disant démocratiques du Congo ne vont certainement pas amener au pouvoir un récalcitrant aux intérêts français, belges et plus globalement européens…

Quelle merde nous avons semée dans ces pays aujourd’hui exsangues et en sang ! Mais les mentalités changent. Des voix se font entendre, beaucoup en ont assez. Reste à trouver des solutions, et que des hommes politiques construisent une partie de leur programme sur ces solutions…

 

Mais revenons à la Bretagne qui nous invite à manger avec les doigts ses artichauts, et pis, ses bestioles visqueuses que l’on sert sur un plateau recouvert de varech ! Mon Dieu quel pays primitif !

Mais on ne peut pas aimer les autres peuples sans aimer le sien, comme on ne peut pas aimer autrui sans s’aimer soi-même. Alors, moi, cette France qui mange avec les doigts, qui trempe son pain dans son café au lait ou son chocolat, qui mange les escargots et qui un jour va peut-être se mettre à manger les sauterelles, - ce pays qui râle, qui descend dans la rue, qui dit non, qui rêve aussi parfois, moi, je l’aime bien.

 

Et donc, puisqu’elle nous fait l’honneur d’être française, vive la Bretagne qui demain nous ramènera le beau temps !

 

 

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Jeudi 5 août 2006, Kerhostin

 

Je reçois un e-mail de mon ami Sébastien que j’ai décidé de publier dans ces pages, car il réveille des souvenirs passés ici même à une période où la jeunesse venait encore dans ce camping pour y passer des moments qu’ils garderaient en mémoire toute une vie. Le problème aujourd’hui c’est que la jeunesse a déserté cet endroit, remplacée par de vieux habitués vieillissants qui ne supportent plus le bruit joyeux de la jeunesse, et qui, passé onze heures, s’enferment dans leur caravane en regardant la télévision.

Après force plaintes répétées, la Mairie, propriétaire du camping, a laissé des consignes strictes à des vigiles qui tournent en rond toute la nuit pour éviter que de jeunes voix ne réveillent de vieilles idées de calme et de propriété privée. Résultat la jeunesse doit aller passer ses nuits étoilées dans des campings moins confortables, où l’on ne voit pas la mer, et où les caravaniers pépères ne vont pas.

 

Sébastien et sa petite bande de joyeux rouennais ont eux aussi viré vers des nuits plus sages, le travail, la vie de famille faisant, les enfants naissant peu à peu. Seulement, rien n’arrivera à leur faire oublier les soirées commencées à boire l’apéritif, poursuivies à voler quelques bûches de bois pour les amener au bord de la plage. Les voisines de camping étaient vite intégrées au groupe, les cœurs s’ouvraient pour quelques baisers estivaux qui allaient s’oublier en septembre. En tout cas tout le monde se retrouvait sur la plage, au bord du feu, quelque part au bout d’un chemin qui longeait le bord de mer et où une lampe électrique, dansant comme dansaient les esprits, ouvrait la voie.

Jamais aucun gendarme ne venait interrompre la fête en ces temps là. La nuit s’enfonçait dans les étoiles, dans la masse dansante au déferlement complice du golfe comme on l’appelle simplement. C’était un mélange d’amitiés anciennes ou récentes où les amourettes venaient s’intégrer sans bouleverser les conversations joyeuses, les cris d’ivresse et les blagues de comptoir.

 

A cette époque mes chansonnettes, non les miennes car je n’en faisais pas encore, mais celle des autres, les Gainsbourg, les Renaud, les Dutronc, les Ferré et même les Louise Attaque, sans oublier les Little Rabbits, avaient une autre utilité que de divertir les touristes et remplir mon obole. Mes chansons étaient devenues une partie de ce rituel nocturne et mes amis s’égosillaient avec moi avec leur haleine qui auraient fait viré à l’encre les alcotests.

 

Impossible de raconter en détail le cours de ces soirées, on imaginera facilement, si peu qu’on ait un peu goûté à ce genre de débordements. Mais, ce qu’il serait bon d’apprendre à ceux qui nous envoient les gendarmes aujourd’hui pour protéger le sommeil de quelques propriétaires reclus dans les murs de leur réussite sociale, c’est que ces nuits sont devenues aujourd’hui, pour ceux qui n’ont plus le loisir de les vivre encore, une fenêtre éternelle vers un rêve de lumière, un appel d’air venu des profondeurs de leur être aujourd’hui pris au corps d’une vie de contraintes et de sacrifices. Les heures de travail, les 35 réglementaires et les supplémentaires, la bourse qu’il faut alimenter sans cesse, - tout le train train qui transige par les heures passées devant la télévision à regarder vivre les autres, - toutes cette pression peut être relativisée si l’on peut aller pêcher au fond de soi des moments où il nous a semblé vivre souverain dans un monde sans limite.

 

Mais encore faut-il encore que ces moments aient pu être vécus. Le seront-ils encore ? Trois petites hollandaises se sont installées dans le camping il y a quelques jours. Que faisaient elles lorsque je guettais, cette nuit, le passage d’une étoile filante dans le ciel ? Elles regardaient un film dans leur tente ! Cela suffit-il comme divertissement vacancier lorsqu’on a vingt ans ?

 

Une fenêtre ouverte pour toute la vie : voilà ce que, Messieurs et Mesdames nos dirigeants, vous accordiez jadis. Croyez-vous qu’il soit si important de céder aux plaintes de quelques râleurs chroniques si, en contrepartie, vous privez des masses de futurs bons citoyens d’une bouteille d’oxygène qu’ils auront à portée de main toute leur vie ? Etonnez vous après que les banlieues s’enflamment, que les gens descendent dans la rue pour exprimer, dans des méga manifestations, leur mal être !

 

Mais il est temps de laisser Sébastien formuler ses souvenirs de nos jours de fêtes et de le serrer dans mes bras en lui disant merci, ainsi qu’à tous ses amis, pour les moments que nous avons passés ensemble :

 

« Vivre les images qui défilent dans nos têtes, voila un aspect de toi

qui fait qu'un sentier (que l'on suivait souvent à l'aide de cette torche lunaire),

un feu de camps, ou même une simple chanson de Bashung (écoutée dans une Merco face à un vieil océan qui nous salue à son tour) se transforme en photographie pour toute une vie.

 

Malgré les routes que chacun doit prendre et suivre en essayant de ne pas se perdre,

j'espère pouvoir atteindre, au bout d'un sentier, à la frontière d'une crique

et d'un océan, un feu de rassemblement et entendre résonner  ma  propre frontière.

 

Je te salue mon vieil ami et j'espère que tes rêves continueront a t'emporter

dans cette aventure que l'on appelle la vie.  

 

Sébastien »

 

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Samedi 12 août 2006, Saint Pierre Quiberon

 

Enfin un peu de temps pour me remettre à l’écriture de ce journal. Je suis confortablement assis sur une banquette du café Le Bigorneau, tout au fond de la salle, ce qui fait que j’ai devant moi la pénombre du bar et, au fond, la lumière de la mer, du ciel et de la côte qui s’avance dans l’eau à l’abri de quelques magnifiques pins maritimes.

Le Bigorneau est le bar qui m’a permis de télécharger mes nouvelles pages de journal, de consulter mes mails etc puisqu’il met à disposition des clients un ordinateur en ligne. Nous avons même failli programmer un concert ici, s’il n’y avait eu la menace de quelques voisins prêts à décrocher le téléphone au moindre bruit. Nous ne reviendrons pas sur la question, je l’ai déjà traitée…

Journée un peu particulière aujourd’hui puisque Ludmila est dans un bus qui s’approche peu à peu de la Bretagne et qu’elle reproduit, en un peu moins de temps, le trajet qu’avaient fait les Celtes autrefois. Je fais remarquer en passant que, si la Bretagne et la République tchèque ont pour point commun de faire une excellente bière, ce n’est pas un fait du hasard. Cela vient de leurs ancêtres les Celtes qui ont emporté avec eux, dans leurs différentes migrations, le goût et la recette d’une bonne mousse.

Donc Ludmila arrivera ce soir en gare routière de Rennes, ce qui me vaudra un soir de congé. Et quel soir de Congé ! Mais bon, ça c’est notre histoire, on ne va pas tout vous raconter non plus !…

 

L’arrivée de Ludmila annonce aussi notre concert à Kerhostin puisque, dans une semaine, Karel et Radek d’abord, puis Jean-Paul et Titi, à partir de Besançon, emprunteront le même chemin. L’approche du concert s’est fait aussi sentir hier lorsque Catherine Dekeyne m’a remis un rouleau d’affiches à coller dans les lieux où je vais chanter. J’attends ce concert avec une émotion particulière. Depuis 18 ans environ que je fais ici le troubadour, pouvoir enfin jouer mes chansons sur une véritable scène, c’est comme un grand bol d’air, voir même une libération. Il est clair que, si les moyens me le permettaient, je cesserais aussitôt de traîner ma guitare de restaurant en restaurant et d’alimenter le fiel des mauvais esprits.

 

Ceci dit, il y a de très beaux moments dans ces heures de musique itinérante. Particulièrement à la Criée lorsque Lorenzo se met à chanter avec moi, à la Strada où, souvent, c’est toute la salle qui m’appuie de sa voix, et au Vivier où, en plus de chanter, on se met parfois aussi à danser !

 Des rencontres aussi, avec un couple de comédiens qui, à Marseille, sont en train de monter « La philosophie dans le boudoir » . Cela me faisait penser à un spectacle que j’avais vu à Paris, en 92 je crois, adapté de « L’histoire de l’œil » de Bataille dont j’étais un lecteur féru. Et la jeune femme de s’exclamer : « Vous avez vu ce spectacle ? Au théâtre de la Goutte d’Or ? – Ben oui ! – Mais c’était moi qui jouais ! Je sortais du cours Florent, c’était ma première pièce sous contrat ! Non ! C’est incroyable, il y avait une si petite jauge, 30 personnes à chaque fois ! et vous avez vu ça ! » C’était d’autant plus incroyable que, dans les deux années et demie passées à Paris, je suis allé voir qu’un spectacle de théâtre et c’était celui là ! Evidemment nous nous sommes échangé nos adresses !

 

Rencontre aussi, à Auray, avec David, un peintre et sculpteur qui vient de s’installer sur le port de St Goustan. Personnalité originale, fort en gueule et en descente de bière, David a une bonne tête généreuse percée de deux grands yeux bleus. Nous nous voyons régulièrement après mon tour de chant sur les terrasses du  magnifique port d’Auray. Mais hier le joyeux buveur de bière s’est ouvert un peu à moi, me faisant part de la mort de son petit de bébé ce printemps. David s’est alors mis à me parler de sa famille et de ses origines juives. Son père déporté dans un camp nazi puis devenu homme d’affaires (« un voyou autant dire, mais bon, c’était comme ça qu’on disait, "homme d’affaires" ») avec qui il avait eu des rapports conflictuels qui avaient fait qu’ils s’étaient perdus de vue à la fin ; sa mère , joaillière à Paris, qui avait inventé pour la saint Valentin la rose recouverte d’or fin (« c’était magnifique, ça a marché du feu de Dieu ! »), et puis, ses voyages autour du monde, sa jeune femme, juive elle aussi, quatorze ans de moins que lui, sa petite fille que j’ai vue il y a quelques jours et qui écoutait, yeux ronds, la « Maman des Poissons ». Pourtant, cette anamnèse familiale surgissait dans la peine puisque David, les larmes aux yeux, me racontait qu’il avait perdu cet hiver son père, sa mère et son petit bébé. Et que cette série de drames avaient provoqué son départ de Paris et leur récente installation à Auray. « Il faut que j’arrête de faire le con, que je me remette au boulot, mais c’est dur. Pour l’instant la maison est encore en chantier, faut que je me ressaisisse, j’ai ma femme, ma gamine, elles sont adorables ! On est bien tous les trois, ça va aller, allez Philippe, tu bois un demi ? »

 

Dans les rencontres il y a aussi des familles qui me reconnaissent d’année en année. Il y a le groupe rencontré au Vivier, qui s’est avéré être au camping municipal de Kerhostin, comme moi, et qui m’ont invité à venir jouer pour l’anniversaire d’un jeune de leur petite équipe. C’est un groupe qui tourne autour d’un vieux pêcheur, Henri, qui habitait à Kerhostin avant de vendre sa maison à un de ses enfants et d’aller s’installer dans un appartement à Vannes. Chaque été il vient passer deux mois au camping et va chaque jour donner un coup de main à son fils, qui a repris son affaire, pour une pêche côtière aux bars et aux homards. Il m’a invité à venir en mer avec eux. Quelques photos en perspective.

 

J’en apprends des histoires de la Presqu’île, par exemple que Raymond Devos avait une maison ici, avec sa femme et le toutou de sa femme. Que Brassens, qui était très ami avec lui, venait passer quelques jours parfois avec l’humoriste. On me parle de Daniel Guichard, originaire de Manemeur, le village de la Chaumine … On me raconte aussi l’histoire de la Bretagne, le mariage d’Anne de Bretagne avec Henry IV puis avec le jeune François 1er qui avait plus de vingt ans de moins qu’elle, juste pour rattacher la Bretagne au royaume de France. On me raconte que c’est Anne de Bretagne qui avait négocié la gratuité de la circulation sur les chemins, vieille loi qu’avait repris De Gaule pour aider l’économie de ce pauvre bras de terre, ce qui fait qu’aujourd’hui encore, les autoroutes en Bretagne ne sont pas payantes. On me raconte, on me raconte, j’apprends, j’oublie, mais je garde au cœur ces moments de bienveillance et même d’amitié, avec Jacky, chaque soir, à la fin de mon tour de chant, lorsqu’il me dit, derrière son comptoir, au Vivier « Philippe, tu veux un petit verre de Muscadet ? » et je l’écoute me raconter, alors qu’il essuie invariablement ses verres, comment on vivait en Bretagne avant, dans le premier port de pêche à la Sardine, Quiberon, entre terre et mer, entre passé et un avenir qui ne gardera de tradition que l’accueil du tourisme et le cycle des saisons entre hystérie de jours d’été et sommeil de la période d’hiver, lorsque les grandes marées recouvrent d’écume la route de la côte sauvage. Une histoire de temps entre ciel, côte et mer.

« Une histoire d’homme, comme le disait Ferré, et de mélancolie… »

 

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Jeudi 17 août 2006, L’Apothicairerie, Belle-Île en Mer

 

Oui, l’entête de cette page fait belle impression, et effectivement, si je lève les yeux je verrai la nappe bleue sous un ciel rempli de nuages qui arrive, cependant, à laisser voir quelques taches de bleu. La côte sauvage n’est pas visible de l’hôtel, puisqu’elle ressemble à une falaise déchirée par la mer et que nous sommes sur le plateau d’où elle s’effondre. Mais sinon, quelle merveille ! Une roche composite qui scintille sous le soleil et vraiment, décharnés, des rochers qui surgissent de la mer, des grottes (celle de l’apothicairerie était célèbre, mais a dû être fermée pour des raisons de sécurité), des plongées vertigineuses, des bras de mer, des bras de roches, tout mélangés, tout brassés pas l’écume des vagues, fendus par le rire des mouettes, par leur vol ironique devant nous qui sommes cloués comme des monolithes impuissants. Tant d’énergie que nous ne pouvons exploiter ! Le vent, les vagues ! Nous ne savons qu’essayer de leur résister ! Alors que les mouettes en jouent, plongent, s’envolent, se figent dans le courant, puis repartent soudain en criant leur plaisir ! Et nous sommes plantés là, vacillant sur nos jambes, comme des cloches ! Ding, dong !

 

Cette virée à Belle-Île est un petit cadeau à Ludmila, pour faire pendant à son horreur du camping. Et puis pour sortir du contexte guitare à midi, guitare le soir, qui ne me laisse que quelques heures de libre l’après-midi. Quand au choix de l’Apothicairerie comme hôtel, j’avoue que ce n’était pas vraiment mon style. Un gros bunker construit en 1991 sur la côte sauvage de Belle-Île à un endroit où la côte est véritablement magnifique, ce pourrait être un lieu de rêve si la civilisation n’était pas trop loin. Et s’il faisait bon ! Or, hier c’était pluie et plutôt froid. Alors il faut rester à l’intérieur, dans le bar de l’hôtel que l’architecte a dû confondre avec un hall de gare. C’est froid à pleurer, on a l’impression de flotter dans le vide. Une petite crêperie, peut-être comme celle qu’ils ont fermée à côté, chaleureuse et à la décoration rustique, nous aurait certes mieux convenu. Mais bon, il y avait quand même la côte tout près, et, dès un repas, servi beaucoup plus économiquement que son prix, avalé, nous sommes allés nous enfoncer dans le soir, les cheveux dans le vent, les oreilles dans la symphonie de l’océan : « Je te salue, vieil Océan ! » allez ! fais nous entendre ton talent !

 

Son 3D garanti hautes performances, et va z’y que je te plante des frissons au cœur ! Le clou de la soirée fut le moment où Ludmila, qui jusqu’alors n’approchait pas trop du bord de la côte, s’est avancée sur un rocher surplombant le vide, et commença une improvisation en grec de mythologie, de sa voix au souffle qui me paraît inextinguible. C’était magnifique, la nuit était presque totalement tombée, le ciel gardait quelque luminosité permettant d’apercevoir encore l’accumulation des nuages, la silhouette de ma chanteuse, ses cheveux battant au vent, et la noir découpe des rochers. Somptueux !

 

Le temps semble s’adoucir aujourd’hui, mais la pluie n’est pas si loin. Par la baie vitrée on voit des tee-shirts voler au vent mais aussi, avouons le, des K-way !

 

C’est le bout du monde. En face, une étendue d’eau qui ne semble pas prête d’avouer ses limites. Il a fallu tant de temps à nos ancêtres pour les trouver, ces limites, et ils sont partis à la quête d'un un nouveau monde… Pour le piller ! Incorrigibles ! Alors on se dit, quand ils auront fini de pourrir notre si belle planète, qu'ils s’en iront en piller d’autres et un jour, un écrivaillon de passage s’en ira écrire, posté derrière une baie vitrée d’un genre certainement très original : « C’est le bout de l’Univers. En face, une étendue de ciel qui n’est pas prête d’avouer ses limites… »

Peut-être.

Peut-être que nous vivrons jusque là…

Mais peut-être aussi que nous nous éteindrons avant…

 

L’ONU a réussi hier à imposer sa trêve aux bombardements d’Israël au Liban.

Ces conflits au moyen Orient cesseront-ils un jour ? Incessantes destructions, souffrance et pauvreté des peuples, entêtement des dirigeants… Et ce ministre Israélien qui, en plein conflit, s’occupe de la vente de ses actions… Ces conflits ont besoin pour cesser d’être pris en main par des gens désintéressés et responsables. Pas de profiteurs de systèmes qui ne songent qu’à engraisser leurs intérêts privés.

 

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Lundi 21 août 2006, Kerhostin.

 

Assis sur une chaise de camping, dans le haut-vent de ma tente igloo, une cagette en carton sur les genoux, l’ordinateur portable sur la cagette, j’attends l’arrivée des musiciens. Il est une heure et ils doivent être à Rennes.

Ce soir j’ai dit au-revoir aux restaurants qui m’ont accueilli, c’était ma dernière soirée de chansonnier. Je rends Brassens, Bobby Lapointe etc. à leurs enregistrements originaux et à ceux qui les interpréteront à ma place. Je change de chemise, sans pour autant retourner ma veste. Et que vive la chanson !

 

J’écoutais sur France Culture il y a quelques jours une interview d’Alain Souchon. A propos de la nouvelle carrière de son fils, il disait « La chanson peut être quelque chose de formidable, mais cela peut être aussi quelque chose de dangereux. J’ai connu beaucoup de chanteurs qui ont très mal fini, j’ai des amis qui sont devenus mendiants ! » Paul Auster écrivait cependant « Les musiciens sont les aristocrates des mendiants. » Bref, on peut toujours trouver une citation pour se rassurer !

 

Ce soir, dans la même émission, j’écoutais une interview de Michel Jonaz. Et lui disait : « Non, ce n’est pas un métier difficile et ça a toujours été, même dans les périodes pas faciles, un plaisir. Ceci dit, c’est un métier auquel il faut consacrer toute sa vie. Depuis très tôt j’ai senti que je voulais faire ce métier, et, même quand c’était difficile, qu’on me disait « tu devrais penser à faire autre chose », j’ai jamais perdu confiance et j’ai continué ». je cite tout cela de mémoire, mais en tout cas, voilà, c’est comme ça que j’entends moi-aussi les choses. Et peu importe l’issue. Comme disait Saint Jean de la Croix, « la quête de dieu est une quête vers un lieu qui est vide, le Nada. Ce qui compte c’est le chemin que l’on prendra. » L’aboutissement n’a aucune valeur. Ce qui compte, c’est le chemin, c’est aimer le chemin que l’on a choisi, et si l’amour pour ce chemin ne cesse pas, comme le plaisir de le suivre, alors nous atteindrons la réussite qui n’est rien en soi, qui n’est que la consécration du chemin emprunté.

 

C’est ainsi pour tout chemin que l’on a choisi. Qu’on soit maçon, paysan, ingénieur informatique, chanteur à succès, voleur ou maquereau. Il faut quand même mettre à cela un bémol. Si, pour aimer son chemin, il faut pourrir la vie des autres sur le bas côté, ce n’est pas digne.

Donc, aimer son chemin et en partager le bien avec les autres, c’est mieux.

 

Il y avait un autre programme sur France Culture, à midi, dont je n’ai entendu que la fin. Le type, un philosophe psychanalyste si j’ai bien compris, disait une phrase intéressante : « la faute c’est la faute de don » Celui qui ne donne pas, ou, à contrario, qui prend quelque chose aux autres, est le seul à commettre vraiment une faute. Alors, voilà ce qui est digne : aimer le chemin que l’on a choisi sans commettre de faute, c’est-à-dire, sans manquer de donner aux autres.

 

Ceux qui capitalisent sur le dos des autres, qui abusent de ce que leur donne leurs ouvriers ou leurs producteurs, sont des bâtards. Il est des patrons respectueux du travail et de la vie de leurs ouvriers, ceux-là ont du mérite. Ils donnent, à leur façon. Mais tous ces bâtards qui s’enrichissent éhontément sur le dos d’autres hommes dont ils n’ont rien à faire, dont ils pourrissent la vie, ceux-là méritent la pendaison. On met en taule, pendant des années, des auteurs de petits larcins : ceux qui pourrissent le monde méritent une plus grande sanction.

 

Dans une heure les musiciens arrivent, c’est une autre vie qui va commencer, un autre rythme. Et mardi, si le temps ne nous enferme pas dans le centre culturel de Saint-Pierre, nous jouerons sur la place de Kerhostin devant un public éclectique, certainement le plus large (et nombreux ?) public que nous n’avons jamais vu. De sept à soixante dix-sept ans, on va avoir tout le spectre des auditeurs. Quel accueil vont-ils nous réserver ? J’attends ce moment avec une grande émotion. Nous verrons.

 

Le vent nous apporte le bruit des vagues, coté côte sauvage. Des voix dans la nuit ; des grillons ; des gouttes de rosée tombant sur notre toile de notre tente...

Ludmila s’est endormie…

Les musiciens roulent vers nous…

 

Demain sera un autre jour.

 

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Mardi 5 septembre 2006, Besançon

 

 

Parce que le temps a soudainement passé, et que, de ce fait, les événements se sont accumulés, et qu’il faudrait un temps immense pour tout raconter, - voici certainement que cette masse a dire s’est mise à me faire peur, et que donc je n’arrivais plus à me remettre à ce journal.

 

Peut-être aussi qu’il y a des interrogations, en cours, à l’intérieur d’une tête qui se refuse soudain à exprimer des choses incertaines. Et puis il y a eu la reprise avec une masse de boulot et pas toujours agréable, - prenons pas exemple la comptabilité…

 

Bref, je ne sais plus par où commencer. Revenir en arrière ? Tellement de choses à dire ! Mais quand même, il faut bien faire un peu de suite à ce qui s’est écrit précédemment ! Eh oui, c’est le piège du « direct » qui s’accumule en « suite ». Cette page doit faire suite à celles qui la précèdent !

 

Mais, mon Dieu, quel boulot !

 

Alors, vite fait :

 

Les concerts se sont bien passés – Jean-Paul, notre nouveau batteur est super, artistiquement, humainement – par contre Titi nous a refait des coups de calgon – Mais il est toujours super sur scène, une présence remarquable – Karel, lui aussi nous a réservé des belles surprises, et je me sens de plus en plus proche de lui – En revanche, Radek, qui a perdu son métier qui valait à la poule aux œufs d’or, reprend durement son contact avec la réalité financière et commence à nous proposer de jouer sans lui si c’est possible pour les petites dates. Karel s’est acheté une nouvelle voiture. Une Toyota. Il dit « ma Toyota c’est mon toy a moi ». En anglais c’est plus compréhensif. Ludmila a encore détesté le camping. Elle m’a dit que c’est la dernière fois qu’elle y met les pieds. Le concert à Auray a été annulé pour raison de mauvais temps. C’était pas drôle de voir tomber la pluie. L’équipe était déprimée, moi aussi. On n’a pas pu reporter donc on a perdu le cachet. En revanche à Saint-Pierre Quiberon et à Métabief, on nous a beaucoup témoigné d’enthousiasme. Mme le Maire de Saint-Pierre était là en personne. Mais Voulzy n’a pas pu venir, il repartait à Paris le matin même. La Jaguar bordeau sur la place du village est bien la sienne. Sa chanson, sur l’album « Avril » n’est pas du bluff.

L’automne approche et ce n’est pas drôle. Des couples se séparent. C’est une période dangereuse pour les amours. C’est pour cela que l’émission à propos de l’amour, sur France Inter, avec, pour invités Rezvani et sa femme, était comme un joli bol d’air. Rezvani a écrit « L’art de ce siècle c’est la désacralisation du corps humain » et plus loin, quelque chose comme « Une société qui laisse se désacraliser le corps de la femme est une société qui dérive vers la barbarie ». Je suis d’accord. Voilà pourquoi j’ai travaillé sur le nu. Et bravo à Rezvani pour la leçon d’amour qu’a été toute sa vie.

L’amour c’est quand même quelque chose de difficile. Parce qu’on a mis des choses différentes dans la tête des hommes et des femmes, parce l’isolement des gens n’est plus un problème – ça rapporte ! Alors… Alors l’amour devient quelque chose qui n’est pas simple…

L’automne, ça me faisait penser aussi que c’est vraiment la période où l’on sent que l’on perd une année. Quand l’été finit c’est comme si c’était l’année qui commençait à mourir. Et cette mort nous fait certainement penser à notre propre mort, au temps qui passe… A tout ce que l’on ne connaîtra jamais… A tout ce que l’on a déjà perdu…. A ce qu’on n’a pas su gagner…

Surtout qu’il y a eu trois jours gris et froids, soudain, après le bleu ciel de Bretagne, après ces jolies symphonies de nuages et de vent….

Heureusement le soleil est revenu. Et les projets de l’automne. Fallait le temps de se remettre du voyage, du changement et tout et tout. De rien en fait.

Mais quand même, quel plaisir de jouer avec Jean-Paul, et quel plaisir de l’entendre nous raconter ses tournées avec Thiéfaine, les raisons de son abandon de l’équipe après avoir enregistré « je crois, le plus bel album qu’on ait fait ». Les décès des pères et mères, et Thiéfaine qui, un soir de cuite, emprunte la moto de Jean-Paul et va se planter dans la nuit au milieu des vignes : un bras dans le plâtre pour commencer la tournée. Une saison noire en fait, qui a enfanté un très bel album, mais qui a mis notre ami en crise, jusqu’à ce qu’il demande son retrait du groupe. Et il nous racontait aussi son repas avec Léo Ferré. Lui, Jean-Paul, qui aime tant les mots dans les chansons ! Et puis, plus tard, de me dire : « Tu sais comment j’ai pris la décision de jouer avec toi ? – En écoutant La fille du poète. C’est cette chanson qui m’a décidé » J’étais heureux, à ce moment, de n’avoir pas regardé la télévision le soir où j’ai écrit cette chanson ! Il nous manquerait trop, Jean-Paul.

Voilà, l’automne a commencé et Sarkozy m’inquiète de plus en plus. C’est une sorte de Berlusconi Français. Par ailleurs (pas si ailleurs d’ailleurs) « Là-bas si j’y suis », sur France Inter, a été déplacé de 17h à 15h, un créneau horaire beaucoup moins écouté, alors qu’ils ont reçu 215 000 pétitions contre ce projet ! Ils ont aussi supprimé « TTC » de Foulquier, et « la prochaine fois je vous le chanterai » de Philippe Meyer. La chanson française a pris un mauvais coup avec le nouveau Directeur de la chaîne. Normal, à chaque fois que je l’entendais présenter son morceau préféré de la semaine, c’était toujours un artiste étranger. Vous saviez que ce nouveau directeur était un ami de Sarkozy ?Avant les élections, Monsieur Sarkozy place ses pions.

Vous comprenez donc maintenant pourquoi par ailleurs n’est pas si ailleurs entre là-bas si j’y suis et Monsieur Sarkozy !

 

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Samedi 16 septembre 2006, Tábor

 

Rue Pražska, dans la vieille ville de Tábor. A l'occasion du festival "Táborska Setkaní" (les rencontres de Tabor), un groupe de folklore morave s'est installé sur une petite place, face à quelques terrasses joliment ensoleillées. Le groupe, Lišńáci, est composé d'un violon, d'une contrebasse, d'une clarinette et d'un cymbalum. Les musiciens sont habillés sobrement d'un pantalon noir et de chemises blanches. Mais le violoniste a un petit gilet court, noir, brodé de motifs rouges et or, tandis que le clarinettiste a une veste sans manche d'un rouge éclatant avec trois boutons dorés sur les poches. Ils chantent tous les quatre à différentes voix. La rythmique percussive du cymbalum et de la contrebasse s'harmonise magnifiquement avec les langueurs du violon et de la clarinette. Franchement , à onze heures du matin, c'est un pur plaisir.

 

Quelques personnes, autour de moi , boivent café, thé, et suçotent des pâtisseries. Probablement des touristes qui se sont levés tard. En revanche, on voit que les musiciens se sont levés tôt car, eux, ils boivent du vin rouge au goulot d'une bouteille qui circule des uns aux autres. N'allez pas les prendre pour des ivrognes! Ils boivent gentiment. Pratique normale du travailleur manuel. Et puis, je crois que la Moravie est productrice de vin et il est bon de mêler les traditions!

 

Nous avons joué hier soir dans la galerie d'exposition du théâtre municipal. A l'occasion du vernissage d'une exposition de Jára Novotný, le photographe qui a été le sujet de mon film documentaire "Jára Novotný ou trente ans de la vie d'un photographe tchèque." Nous avons interprété cinq chansons, dont quatre avec des parties voix de Ludmila. Radek et Karel jouaient avec nous, Titi et Jean-Paul ne pouvant venir spécialement en République tchèque pour cinq morceaux.

 

De sera probablement le dernier concert que nous ferons avec Radek. Nous avions déjà parlé de réduire la formation, la guitare de Radek s'avérant de moins en moins nécessaire, mais cette constatation que nous étions trop s'est brutalement mise en oeuvre suite à une brouille entre Karel et Radek. 

 

Il est des tournants comme ceux-ci dans la vie d'un groupe et je crois que c'est naturel et nécessaire. La position de Titi, de Jean-Paul et de Karel, n'est certes pas cette de Radek. Radek se considère comme un amateur pour qui la musique n'est pas une priorité, mais seulement un hobbie. Pour Titi, par exemple, qui a choisi de refuser tout autre travail afin de se consacrer à la musique, et pour Karel qui est dans la même situation, cette position devient vite intolérable. Surtout qu'elle ouvre à une approximation, voire à un laisser aller (les mêmes erreurs toujours au mêmes endroits) qui devenaient irritant pour l'exigence de qualité des autres. Nous avons déjeuné ensemble, Radek et moi. Et nous avons parlé de ces questions. Nous en avions déjà parlé et je l'avais mis en garde, lui conseillant de travailler davantage les parties qui posaient problème. Mais bon, que dire de plus ? Certains avancent plus rapidement sans avoir à travailler particulièrement, d'autres ont besoin de davantage de travail. C'est injuste en fait. Mais si le travail n'a pas lieu, il est évident que cela met toute la formation en danger. Et c'est ainsi que commence une situation de stress. Une situation qui, apparemment durait depuis quelques mois, et qui a abouti à cette dispute entre mes deux amis tchèques. Que Radek se retire de lui même, c'est certainement une façon d'éviter une situation stressante. Cela ne nous empêchera pas de nous voir à Tabor car, Radek et moi on s'aime bien, et il n'y a pas que la musique dans la vie. C'est comme ça.

 

Le groupe morave a maintenant disparu de la petite place. Ils ont chargé le cymbalum sur un petit chariot à deux roues et, sans bruit,, cette sorte de piano portatif, sans touches mais à cordes et structure de bois sculpté, a glissé vers le centre de la vieille ville, la place Žižka. 

 

La bouteille de vin est restée, elle, vide, le cul en l'air, dans la poubelle de pierre, au coin de la place.

 

Un petit conseil avant de refermer cette page : 

Si vous aviez une petite envie de venir visiter la République tchèque, venez en cette période ! D’abord la météo est idéale. Il fait soleil, une température agréable, et la nature est tout à fait hospitalière : il n’est qu’à s’arrêter au bord de la route et de ramasser un kilo de pommes car les routes sont bordées de pommiers.

Pour revenir à ces rencontres de Tábor, c’est une fête élaborée autour de la thématique médiévale. Le moyen-âge c’est le cheval de combat de la ville. Mais le vieux Tábor s’y prête bien, son architecture, son histoire...

A l’ouverture des cérémonies, un défilé des différentes bourgades de la ville en costumes traditionnels. Puis un marché des artisanats traditionnels ouvre ses portes dans différents quartiers de la ville, de la vieille ville. Les bars ont tous leur orchestre, et, sur différentes scènes, des concerts et des danses folkloriques ou non.

J’imagine une bande de joyeux lurons, nationalité française, qui ont envie de passer un week-end de bonne bouffe et d’ivresse, avec plats rustiques et boissons locales. Je pense qu'ils trouveront en ces rencontres de Tabor le lieu idéal.

 

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Mardi 26 septembre 2006, Besançon

 

Le soleil s'enfuit, présent de moins en moins longtemps, les nuages rigolent et les trottoirs aussi, tout baveux qu'ils sont de pluie. L'automne pointe son nez.

J'aimerais faire un petit lien avec une très belle chanson de Manu Chao, "L'automne est là"... En fait, y'a qu'à... Ben voilà, c'est fait, il n'est qu'à cliquer

Cette petite flûte, n'est-ce pas magnifique...

 

La semaine dernière, les derniers jours à Tabor, toujours chauds, ensoleillés, avec des petits matins chantants, m'ont offert un joli cadeau : une nouvelle chanson. Cela a commencé à l'aube, une mélodie, puis la présence de Ludmila a côté de moi m'a soufflé une idée de paroles et, à midi, la chanson était écrite. Elle s'appelle "Le photographe ne l'appelle plus".

De retour à Besançon, je suis allé voir Titi (Thierry Lorée) pour lui faire entendre la nouveau née et il m'a demandé d'enregistrer sur son Q-base la base harmonique. Or, le lendemain je passe le voir et Oh ! bonjour Paulo (Jean-Paul Simonin) ! Il était en train d'enregistrer la partie des percussions : Titi avait travaillé les arrangements depuis 7 heures le matin et avait appelé Paulo dans la foulée. Je suis très content des idées qu'il a eues. Vous voulez entendre? Eh bien, allez, cliquez sur "Le photographe ne l'appelle plus" !

 

Le morceau a été fini d'enregistrer dimanche après-midi. L'urgence venait du fait que j'avais envie de le présenter au concours de chanson francophone, Utopia ,  à Besançon. Seulement, lorsque, dimanche soir, j'ai relu le règlement, j'ai découvert ce dernier article : "Toute personne étant de la famille, ou amie ou connaissant personnellement quelque membre du jury est interdite de participer au concours". Bien sûr que je connais quelques personnes d'Utopia puisque j'ai fait les photographies de trois des concours. Le temps ne fait rien à l'affaire dans ces cas là.  Donc la chanson, qui avait ses chances, va être probablement reboutée sans qu'on l'ait même écoutée. Dommage... Difficile d'être prophète en son pays!

 

Mais tant pis : elle tourne bien cet chanson et on aura d'autres occasions de la faire entendre! 

 

Par ailleurs, le concours de Cébazat approche. J'ai reçu le contrat de participation. C'est bien. En gros la philosophie est un peu la même que celle d'Utopia. Pas de frais de participation, des prix équivalents (1000€ pour les A.C.I.), des défraiements pour le voyage, l'accueil, la restauration. La classe quoi ! 

 

C'est loin d'être le cas pour la majorité des concours de chanson en France!

 

Hors la musique, l'automne va être aussi la période de préparation et de tournage de mon film documentaire "Migrants et immigrés du continent". Ce sera un 26 minutes et je suis très heureux de me consacrer à un tel sujet. La chanson "Nedo et Sanela" en était comme un préliminaire et qui sait si, à l'occasion du film, je ne vais pas rencontrer les vrais Nedo et Sanela, que l'on a refusé que je rencontre, et leur faire découvrir la chanson qu'ils m'ont inspirée? Ce serait chouette non ?

 

Je suis maintenant dans le petit bureau du foyer A.G.E. Une nouvelle nuit à n'entendre que les horloges tictacoter. Quelques jeunes se relèvent la nuit pour manger puisqu'ils jeûnent pendant le jour. C'est Ramadan. En fait c'est tout à fait naturel que les 

jeunes

jeûnent

je ne 

vais pas 

en faire un plat !

 

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Dimanche 8 octobre 2006, Besançon

 

Foyer A.G.E., la nuit. Le calme. Ce soir se terminait, après 2 jours et demi, le festival des musiques de rue, première édition. C'était à Besançon. Que dire de cela ? Gros budget, deux ans avant les prochaines élections municipales. Pour pourvoir au financement, le service culturel de la Ville a dû supprimer les "Rencontres de jeunes création" qui existaient depuis une bonne quinzaine d'année, voire plus. Et le festival s'est installé à la place d'un autre ayant pour titre "Les Instempsfestifs" gros mot pas très français pour un festival mis en place par une structure locale, la Grosse Entreprise, qui avait été à l'origine de la première manifestation, pour le bi-centenaire de Victor Hugo, avec le théâtre de rue pour acteur.

 

Comme la nouvelle équipe municipale était à l'initiative, ni des rencontres de Jeune Création, ni des Instempsfestifs, elle a voulu marquer de son sceau une nouvelle manifestation 100% maison. Sauf qu'il fallait trouver une équipe de professionnels capable de réussir l'opération. Après un appel d'offre, une compagnie de Chalons a été désignée. Normal ! puisque c'était le rêve de la nouvelle équipe de rivaliser avec La Ville, avec un grand C, des arts de la rue.

 

Et nous voici à la fin de cette première édition. Que faut-il en dire ? J'ai entendu le chiffre de 20 millions d'Euro. Est-ce pour un an ou deux? Je ne sais plus très bien. Mais apparemment la barre a été placée haute. Bien plus haute que ce qu'elle a été par le passé. La réussite n'a pas déçu ce budget, il y a eu du monde, beaucoup, des jeunes mais pas que, le programme intéressant mais pas non plus exceptionnel (je n'ai pas tout vu). Bilan : 

- politiquement parlant je pense que l'équipe actuelle doit se féliciter de son premier opus. 

- Économiquement parlant, certains commerçants ont pu arrondir copieusement leur recette de la semaine. Établissements de soirée et, en gros, le commerce du centre qui a certainement besoin qu'on lui rende une clientèle qui a trop tendance à s'égarer dans les zones commerciales. 

- Culturellement maintenant. 

Une fanfare de Moldavie, d'autres de la New Orléans, d'Inde, d'Angleterre, de Bretagne, sans oublier des gnawi de Biskra etc. très bien! Mais comme disaient certains râleurs qui n'ont pas tout à fait tord, on a déjà des parades (interminables!...) pour le carnaval ; on a aussi la fête de la Musique... tant qu'à faire il aurait peut-être mieux vallu mettre ce programme à Carnaval pour restaurer la sempiternelle et mortelle parade de février et laisser le festival de rue comme il était en y ajoutant des budgets pour les jeunes créations. Car enfin, que va-t-il rester de cette enveloppe culturelle annuelle pour stimuler l'action culturelle locale ? Des miettes ! Alors, dans ce cas, n'est-ce pas une irresponsabilité de plus (la précédente étant de faire réaliser le logo de la ville par une entreprise marseillaise) que d'organiser un semblable méga évènement alors qu'on essaie de nous faire avaler depuis des années qu'il n'y a pas de moyens pour l'action culturelle ?

 

Lorsque l'on sent que la préoccupation principale d'une municipalité est davantage de réussir un "coup d'image" que de se soucier de la vie culturelle, c'est difficile de se réjouir d'un programme même relativement intéressant. Ceci dit, ce festival n'a pas réussi à me faire oublier le remarquable travail qu'avait mené la Grosse Entreprise les années précédentes. La musique déambulatoire, c'est bien, mais cela ne transmet pas grand chose, surtout quand elle est muette et exclusivement festive comme cela a été le cas. Les années précédentes il y avait du texte, de la critique et de la satyre sociale. Ca avait des couilles. Cette année il y a eu de la fanfare, quelques découvertes ethniques, quelques bricolages géniaux mais bon, au bout du compte, que reste-t-il dans nos esprits ? "Du pain, des jeux" comme disait César. Il n'y a rien  de plus consensuel que la musique festive. En quelque sorte la bonne marche militaire se réconcilie avec les jeunes révoltés la bouche clouée par le bec de leur trombone à coulisse.

 

Je respecte le travail souriant de tous ces joyeux artistes de musique déambulatoire. Mais flamber le budget annuel de l'action culturelle d'une ville dans une manifestation où pas un mot ne sort, et cela en effaçant deux manifestations, l'une de jeune création, l'autre de théâtre de rue, je pense que ce n'est pas une évolution au sens culturel du terme.

 

Fin de ma rubrique de la journée. 

 

J'ai su par ailleurs que notre chanson "Le photographe ne l'appelle plus" a été présentée anonymement au jury du concours Utopia. Et j'en remercie Daniel Magnin. Seulement tout le monde m'a reconnu. Mince! Et du coup les problèmes que j'avais évoqués plus haut se sont posés. L'ancien photographe d'Utopia qui dépose une chanson, on va croire qu'il est pistonné ! Alors les plus sincères me défendent et ceux qui n'ont pas envie de me faire de cadeau ressortent l'article du règlement. Et finalement la chanson est mise hors compétition. On m'a quand même dit que la chanson avait fait sensation et que j'aurais eu de grandes chances si je m'étais tenu à distance des organisateurs de ce concours... 

 

Au final, rien de très surprenant. Et je me dis que j'ai bien fait d'envoyer mon dossier. Cela aura servi de campagne d'information !

 

Enregistré cette semaine une interview dans une radio de la région de Lyon, FC Radio, à Montluel. C'est une émission intitulée "changer d'air" au cours de laquelle un auteur de chanson francophone vient parler de son travail et de sa trajectoire. Avant moi sont passés un certain nombre d'auteurs lyonnais, et même Bénébar et Aldebert ! L'animateur avait bien préparé son interview et il en est ressorti quelques surprises intéressantes. 

 

Voilà, il est deux heures, les jeunes du foyer dorment depuis longtemps, même celui qui, tout à l'heure, a interrompu cette écriture parce qu'il a raté son train à Paris et a dû prendre le dernier. C'est la vie, alors, après que mon collègue ait envoyé à la Police une "déclaration de fugue", il a fallu, moi, que je renvoie, derrière, un "avis de cessation de recherche". C'est la règle, presque la routine. 

 

Chacun avance dans la vie et la société avec les usages qu'on lui a transmis, qu'ils soient bons ou mauvais. Au début était un nuage de spermatozoïdes qui s'envolait vers une improbable ovule, - et puis tout le reste a suivi, enfer ou paradis...

 

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Mardi 17 octobre 2006

 

Regardé ce soir un film de Fassbinder, « Le droit du plus fort », que je n’ai pas réussi à suivre jusqu’au bout. Pourquoi j’ai arrêté le film ? Quelque chose que je pourrais résumer ainsi : « C’est trop dur, il ne donne pas assez de chance à son héros, c’est un jeu de massacre épouvantable ». Déçu de n’avoir pu suivre le film, je regarde le bonus. C’est un documentaire sur Fassbinder. Et je découvre, atterré, que c’est Fassbinder qui joue le premier rôle, ce personnage à qui le réalisateur, c’est à dire lui-même, a si peu pourvu de chance…

Je ne l’avais pas reconnu. J’ai toujours ressenti Fassbinder comme quelqu’un de vieux, alors qu’il est mort à trente sept ans… Il a fait tant de films... mais il en faisait 5 par an !

Etonnant personnage…

Pour certains aspects il me fait penser à Damien (Freis), mon ami et presque professeur (de photographie), qui s’est éteint à peu près au même âge, dans des circonstances pas plus sereines où l’alcool avait aussi large part. Sauf que Fassbinder mettait son appartement à disposition de tous, façon de n’être pas seul, avouait qu’une des raisons pour lesquelles il réalisait des films était de se sentir entouré d’une équipe, alors que Damien, en prise à des angoisses qui le focalisaient sur des sujets qui semblaient spécialement conçu pour se mettre à dos tout le monde, arrivait toujours à transformer ses meilleurs amis en d’hostiles désenchantés.

 

Ils semblaient cependant tous deux animés d’un même feu, et en même temps d’un même don. Certes Fassbinder était beaucoup plus doué que Damien, c’est fabuleux le boulot qu’il a abattu, avec une telle richesse, une telle diversité ! Mais Damien, l’appareil en main, avait un véritable feu sacré. Ils avaient, je crois, tous les deux, une très grande intuition, une égale confiance en eux quant il s’agissait de leur expression artistique, mais en même temps une même apparence, lorsqu’ils parlaient de leur travail, de têtes à claques.

 

Quand on commence à voir une interview de Fassbinder, on est immédiatement agacé. Il est très mal rasé, il se tient effroyablement, la tête basse, vautré sur sa table, se grattant, regardant ses pieds la grande partie du temps. On a l’impression qu’il se fout de tout, nous, spectateurs, compris. Et puis, peu à peu, on sent qu’il se livre, mais d’une façon totale, largement supérieure à tout ce que vous aviez vu jusqu’alors sur un écran. Alors on se met à s’attacher à cet homme perdu entre ses fictions, son enfance et un désespoir qui affleure entre deux mots comme une menaçante lame de fond.

 

Cela me fait penser à la dernière fois que j’au vu Damien. Il était très seul depuis qu’il avait quitté l’appartement avec lequel il avait vécu avec Agnès et ses deux enfants (dont la petite Lou-Andrea, « Pécheresse d’Utopie » - cf sommaire du journal). Il dormait dans une petite chambre de bonne qui appartenait à sa mère et où il n’y avait pas d’électricité (ce qui l’a tué puisqu’il est mort dans un incendie provoqué par une bougie…). Il était toujours un peu îvre dans cette période, et surtout quand il sortait, et nous avions mangé à la maison avec Théo. Il était content d’être avec nous, content aussi que je l’aie invité, contrairement à un grand nombre  d’amis et de parents qui ne voulaient plus le voir. En fait, il avait l’air d’un enfant, un enfant qui ne comprend pas que le monde l’abandonne, un enfant prêt tout autant à rire qu’à pleurer. En partant il nous a remercié, il était si triste, si perdu et en même temps tellement ému d’avoir passé ce moment avec nous…

Eh bien, je suis sûr que ce Fassbinder était du même bois, et qu’il est mort peut-être seul lui-aussi. Pas tant ? Allez savoir, l’argent et le succès ne sont pas un remède pour tous les maux…

 

Fassbinder, Damien. L'un inconnu et l'autre si bien connu. L'un indifférent et l'autre si présent encore dans ma mémoire...

 

Pour revenir à ce film, que Fassbinder m'excuse de ne pas l'avoir regardé jusqu'au bout. 

Ceux qui restent ont toujours raison, mais il faut parfois qu’ils se protègent. Le mal rôde toujours, qu’on l’appelle solitude ou découragement…

 

 

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Mercredi 1er Novembre 2006, Tábor

 

De beaux moments d’émotion lors de ces trois concerts de la semaine dernière. Tant à Belfort où le public a fait preuve d’une grande écoute, ce qui n’est pas habituel dans les bars, qu’à Gray où, du moins dans la première partie, les tables les plus proches étaient totalement en phase avec nous, ce qui n’est pas habituel dans ma Haute-Saône natale. Quant à notre troisième concert à Saulxures-sur-Mozelotte, ce n’était plus un concert dans un bar comme nous avons l’habitude de s’en contenter, c’était un vrai concert dans une salle où le public nous attendait et nous a témoigné, plus qu’un enthousiasme, - une affection…

 

Et  c’était merveilleux.

 

En échange, nous n’avons pas été avare, le concert d’une durée normale de 2 heures est passé à 5 heures ! Et c’était une fête partagée, un vrai feu d’artifice comme le disait Karel ! (et je viens de recevoir un mail de la patronne, Christelle, allez voir ce qu'elle en dit dans la rubrique "Vos avis"!)

 

A la fin du concert, repas, démontage, et je suis monté avec Ivan dans la voiture de Karel et en avant ! Direction République Tchèque ! Il était une heure du matin quand nous avons quitté Saulxures.  Ivan est le chanteur tchèque que Karel accompagne. Radek faisait aussi partie de cette formation. Mais la brouille entre Karel et Radek a fait que ce dernier a abandonné les deux formations. Il est vrai aussi que sa petite entreprise de restauration de meubles anciens lui demande beaucoup de présence et il était prévu avant leur brouille que Radek ne viendrait pas pour cette série de concerts. Karel avait donc demandé à Ivan de l’accompagner, ses problèmes de vue (le père de Karel est aveugle et lui a cédé, en même temps que son talent de musicien, une très mauvaise vue) ne lui permettent pas de rouler longtemps, et surtout la nuit où il fatigue très vite. Ivan en a profité pour chanter un peu, à la fin de nos concerts, et il a remplacé Ludmila dans nos deux chansons en tchèque : « Dobru noc » et « Nedo et Sanela ». Ivan a une très jolie voix et le public lui a bien rendu le petit service qu’il nous a apporté.

 

Pour en terminer avec ces concerts et la vie de notre groupe, il faut dire aussi que la participation de Jean-Paul est un élément clé dans l’efficacité et l’harmonie de notre formation. Jean-Paul est devenu notre maître Samouraï, il ne nous a pas apporté que de l’expérience et du talent, il nous apporte aussi de la sagesse. L’influence est immédiatement perceptible, Titi par exemple, notre jeune fou, a été adorable ces trois jours. Dans la musique, il n’y a pas que des notes, il y a aussi un esprit, et c’est peut-être cet esprit qui est le plus difficile à trouver.

 

Ce matin, à Tábor, il fait un joli soleil. Dans le petit jardin de Ludmila, le pommier et la vigne grimpante sur le mur de la maison sont en train de prendre les couleurs fauves de l’automne. Nous sommes soudain passé, dans notre nuit de voyage, de la fin de l’été, en France, au cœur de l’automne en République tchèque. Un peu de grisaille le premier jour, et le ciel s’est éclairci et le soleil revenu.

 

Hier soir, comme l’état de mes finances s’est amélioré, j’ai pu inviter Ludmila dans le restaurant, très classe, du nouvel hôtel Nautilus, sur la place Žižka, la place centrale du vieux Tábor. Cet hôtel a été décoré par le fils de Jára (le photographe auquel mon film documentaire a été consacré, cf partie film). Il y a fait un travail somptueux, mêlant œuvres d’art, vitraux, céramiques, - une très belle réussite ! Plus cher que la moyenne des restaurants tchèques (je ne parle pas de Prague qui est une ville hors tarification tchèque), il en reste pour nous, Français, bon marché. Je crois que nous avons mangé (et bien !) pour à peu près vingt Euro pour deux. La fête ! Ludmila était heureuse et ça la rendait particulièrement belle, drôle et désirable.

 

Le bonheur est quelque chose de simple, il suffit seulement de le vouloir, de savoir où le trouver sans demander l’impossible, et de le recueillir avec clémence.

 

Participant au bonheur actuel, il y a aussi le grand soulagement qui a suivi les difficultés financières de cet hiver. Les Productions du Capricorne étaient dangereusement endettées en ce début d’année. Il m’a fallu crier alerte à quelques institutions et je suis reconnaissant à ceux qui ont su se tenir à l’écoute de cet appel. C’est ainsi que, de fil en aiguilles, de bureau en bureau, nous avons réussi à monter le projet de court-métrage documentaire qui aura lieu jusqu’à la fin de l’année. Ce financement, modeste pour un film de 26 minutes, est cependant ce qui nous permettra de boucler l’année avec une comptabilité saine.

 

Cela pour la partie financière. Mais, en outre, le sujet en lui-même est passionnant et pourrait bien rencontrer un très bon accueil auprès du public et des institutions. Peu de films ont encore été réalisés sur les phénomènes de migrations à l’intérieur du continent européen. Et combien de problèmes risquent d’affleurer : la condition des Roms en Europe par exemple, les immigrés en provenance de l’espace communautaire russe, le trafic des prostituées, les conséquences de la guerre en Yougoslavie, ou encore les cendres laissées derrière les grandes oligarchies européennes, Yougoslavie, Roumanie, et maintenant encore la Biélorussie ! Des sujets délicats et tellement actuels que je vais tenter d’aller recueillir auprès de migrants venus un jour à Besançon.

 

Mais, outre ce film, il y a eu de petites et moyennes prestations, comme ce court métrage réalisé avec les jeunes du CBJ (Conseil Bisontin des Jeunes) sur le refus des différences. Un film sensible qui a touché tous ceux qui ont pu le voir, à tel point que la Ville de Besançon et le CCAS, après avoir réalisé 300 copies, viennent de m’en commander 300 nouvelles.

 

C’est un ensemble d’activités qui fait que j’ai pu me rendre utile auprès des commanditaires, d’apporter un savoir et une sensibilité à ces jeunes collégiens, tout en restant dans des thématiques de tolérance et de respect de l’autre qui sont vraiment au plus proche de ma façon d’appréhender le monde et mes proches. Mais ce qui est le plus surprenant dans les services que j’ai fréquenté au cours de ces projets, c’est que j’y ai rencontré des personnes extrêmement cultivées, sensibles, et réceptives à la création. Des personnes avec qui il a été très agréable et enrichissant de travailler. Or, ces services n’étaient pas des services culturels ou artistiques. Et inversement, dans les services culturels quel accueil je reçois ? Indifférence, voire, parfois, hostilité ! Que faut-il en déduire ? - Que les services sociaux, en rapport direct avec les réalités de la vie, de nos sociétés, sont plus aptes à mesurer ce qui sera la pertinence esthétique de demain ?

 

J’ai l’impression que le monde méta artistique, - je désigne par cela tout ce qui constitue l’environnement institutionnel de l’art et la culture, - est actuellement enfermé dans des politiques officielles d’auto célébration. Cela s’appelle la pratique de l’art officiel. Où l’art est devenu outil de communication. Ce monde méta artistique court après les modes du moment car elles leur apportent une part de leur popularité. N’ayant jamais suivi aucune mode, et n’envisageant que des projets en accord avec mon expérience personnelle et ma réaction en profondeur à ce qui sous-tend la réalité du moment, - quelle valeur puis-je avoir pour les exploitants d’images, les moissonneurs de popularité ? En outre, comme je n’ai pas ma langue dans ma poche, ça n'arrange rien !

 

Les gens qui travaillent dans les services sociaux, cherchent, eux, à trouver des vrais solutions aux personnes en difficultés, ces difficultés qui révèlent tous les disfonctionnement de nos sociétés. Et ces personnes ont vite fait de démonter les clichés, les évidences douteuses et les arts à fond creux ! Quand elles ne sont pas étouffées par le pragmatisme triomphant auquel elles sont en permanence mises à l’épreuve, ces personnes acquièrent une clairvoyance à laquelle il me fallait, absolument, dans ces lignes, rendre hommage.

 

Pour en revenir à mes chansons, on comprendra peut-être mieux maintenant ce que je voulais exprimer à la fin de Frontières :

 

« J’aime les chansons qui plongent dans le nerf de la guerre, celles qui dansent sous la glace, qui cassent les vitrines, les chansons sous-marine. J’aime les intracellulaires, celles qui vont, au fond, repêcher les victimes, mettre juillet en hiver, briser les chaînes intimes et… passer les Frontières »

 

 

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Samedi 4 novembre 2006, de Prague à Besançon

 

21 h 20 gare de Prague. J’attends le train de Francfort qui va me rapprocher peu à peu de la France. J’ai d’abord pris un train à Tábor, départ 18 h 59. Il y en aura encore deux après celui-là. Le long tunnel, mélange de métal et de verre, de la galerie de l’arrivée des trains. Les voix sans interruption annoncent les arrivées et les départs. Voix d’homme en Tchèque, voix de femme en Anglais. Le train arrive, un train de nuit, vert et gris clair.

Les gares, la nuit, tout un poème…

 

Dans le train. Un compartiment. Il y a cinq fauteuils vides et le mien. Un velours rouge avec des lignes de haut en bas, dégradé du jaune à l’orange. Un peu usés quand même… Combien de kilomètres ils ont parcouru ces fauteuils, combien de culs ils ont soutenus, des plus beaux aux plus laids à n’en pas douter.

Je devais initialement rentrer en bus, mais j’avais confondu deux week-end et je dois être au foyer demain soir. Donc, au lieu de douze heures, le trajet en prendra vingt-trois, pour le double de prix ! Pas très concurrentiel le train !

Mais bon, l’expérience est intéressante. Le train, c’est vraiment quelque chose d’étonnant. Je ne parle pas de nos trains du jour qui n’ont d’autre utilité que de nous emmener à un rendez-vous quelconque. Mais les trains de nuit ! Et en outre au cœur de l’Europe !

 

Les trains de nuit ce sont des machines à souvenirs. Qu’ils soient personnels ou collectifs, avec ces trains les souvenirs n’arrêtent pas d’affluer. Tout à l’heure, entre Tábor et Prague, c’était l’époque où je partais, adolescent, à Vesoul, Nancy, Épinal, - les villes où, interne, j’ai passé les plus longs moments de ma scolarité.

Un train comme cela où, un jour où je n’avais plus d’argent pour acheter mon billet, je suis sorti me poster sur le marchepied pour échapper au contrôleur. Le train roulait et j’avais dû refermer la porte du wagon. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. J’étais dehors. Quelle émotion ce vacarme des roues métalliques sur les rails, les poteaux qui cinglaient à quelques centimètres de ma tête… Et mes doigts crispés sur la main courante ! J’avais même traversé un petit tunnel, - quels frissons !

Une autre fois, un train identique où j’ai pris ma guitare pour chanter « Les passantes » à une très belle femme aux cheveux bruns frisés et aux grands yeux bleus…

 

La dernière fois où j’ai pris un train de nuit c’était en Russie, entre Saratov et Moscou, un train sur la ligue de l’Europ express, - à moins que ce soit du transsibérien je ne me souviens plus. Des beaux trains en Russie, avec des tapis dans les couloirs, des jolis rideaux à toutes les fenêtres, - doubles rideaux dans les compartiments, et, au bout du couloir, un magnifique samovar plein de tuyaux chromés ! Thé à toute heure ! La classe ces trains couchette ! Le vrai voyage avec Cendrars et son joaillier russe en clé de sol, le vingtième siècle, le commerce international version sécession et art nouveau, les belles oisives en voilettes et longues robes à nœuds, les villes d’eau, les premières vacances, la conquête des plages et les premières stations d’hiver…

 

Et puis les guerres, ces infâmes déportations quand le rail devient un noir cauchemar…

 

Oh ! On traverse la Vltava, La Moldau en Allemand, mise en musique par Smetana, avec, au fond de la large allée d’eau noire, où quelques réverbères se reflètent, le château de Prague (ou de Kafka) tout illuminé d’une lumière dorée !

 

Nous doublons un tram rouge, ces jolis trams qui ramènent les Praguois du centre vers leur résidence en périphérie. Cela me rappelle cette photographie de Saudek où, dans une de ces rues pavées surmontées par les caténaires du tram, bordée par des poteaux électriques avec, au fond, un alignement de cheminées, une femme en robe blanche tient dans chaque main un enfant nu, une fille et un garçon. Cette photographie, pendant la rétrospective de Saudek l’hiver dernier, avait été imprimée sur de très grandes affiches publicitaires qu’on voyait sur les panneaux au bord des routes. Aucun lettrage, aucun logo, rien que la photo qui faisait plus de trois mètres de large ! C’était fascinant ! Je m’en veux de n’avoir pas fait une série de clichés sur cet affichage. On ne reverra jamais çà !

 

Les lumières de Prague ont disparu. De temps en temps la lueur d’une fenêtre, au loin. Un lampadaire orange… Un quai… Une route qui s’enfonce dans le noir…

Et toujours présent le métallique grincement des roues sur le chemin de fer qui se déroule, devant, dans la nuit…

 

23 h 15. Arrêt à Plzen (Pilsen, la ville de la bière). C’est curieux, il y a beaucoup, sur ce quai, de poteaux ou de pieds d’instruments peints en jaune et noir, en bandes obliques. Jaune. Noir. Jaune… Une ambiance de polar. Un peu, car il y a aussi autre chose. Je me rends compte que les voyages en train, en tout cas ici (et c’était la même chose en Russie), sont très dépaysants par le fait du mobilier, de l’architecture des gares et des quais. J’aime particulièrement ces touches d’art nouveau qui restent très présentes en Europe centrale et orientale, certainement par le fait que le système soviétique à empêché les multiples rénovations que nos gares ont connu. C’est un style généreux, jamais un poteau droit, toujours des voussures, des fioritures entre antique et inspiration végétale. J’aime ça. Il y a d’ailleurs une chanson de Boris Vian qui parle d’une rue qui résume ce style de métal distingué, elle s’appelle « La rue Watt ». C’est à Paris. Je suis allé la voir, étonnant !

Ce style art-nouveau version chemin de fer a pour effet de nous arracher à la mainmise du temps présent, à son utilitarisme, et donne à ces gares, à ces quais, une poésie aux profonds remous.

 

Et quel plaisir de se laisser bercer par ce puissant instrument de musique contemporaine ! (mon express est particulièrement bruyant, ma cabine grince même dans les virages !)

 

00 h 30. Petit arrêt à Marianske Lazné, connue en France sous son nom allemand : Marienbad. Ici, là-bas à Marienbad. Beauté et secret des noms propres… Et celui-ci se mêle au charme un peu précieux de Barbara, la dame en noir…

 

Juste avant j’ai vu passer Střibro, qui veut dire « Argent ». Paraît qu’il y en avait, avant, dans le sous-sol. Bientôt ce sera la frontière et l’Allemagne. Mais là, j’espère que je dormirai…

 

07 h 00 Pas dormi. Peut-être le café de la vieille dame à la gare de Prague qui, pour un expresso, m’a servi un bocal de café au lait. Peut-être aussi à cause du bruit. Mais je découvre en fait que je me suis trompé de train ! Il y avait Francfort et Munich à la même heure au départ de Prague ; je devais prendre celui de Munich ! Mais bon, ce train faisait partie d’un des itinéraires qu’on m’avait imprimé à la gare de Tábor. Je n’aurai qu’à me fier à ce nouvel itinéraire. A une minute près  il met le même temps pour aller à Besançon. Espérons qu’on ne me fera pas d’ennui avec mon ticket… Je suis quand même un sacré planeur ! On me l’avait dit mais je n’y croyais pas !

 

Je suis maintenant dans un train à grande vitesse qui va de Francfort à Bâle. Ce train commence par trois wagons de première classe. Les non riches n’ont qu’à marcher. Pour voyager dans ce train récent et presque silencieux, il m’a fallu payer 9 Euro de supplément. Si seulement on pouvait éteindre cette lumière blafarde des néons ! Et puis finie la douce intimité des compartiments ! Un groupe d’Allemands vient de s’installer devant moi et ils braillent au lieu de parler. Par pitié donnez leur des calmants !

 

Le ciel est bleu sombre dehors. Le jour se lève. L’humidité du matin enrobe les arbres dans des nimbes bleutés. C’est joli mais je ne suis pas grand amateur de matin. Je sens mon corps en tension le matin, et cette tension se projette sur le paysage. Le matin c’est la gloire des activités du jour, des horaires contraignants, du devoir, de la société. Le soir c’est l’inverse. C’est le moment de le reconquête de soi, du temps retrouvé, de la lente évaporation vers le rêve. Je préfère.

 

Les rêves…

Lorsqu’ils vont au cinéma, au théâtre ou au concert, le soir, les gens ne s’en vont-ils pas rêver éveillés ?

Créer, n’est-ce pas inventer du rêve ? Donc de la liberté ?

 

10 h 00. Voici que je viens de commettre ma seconde erreur. Après une nuit sans sommeil, je m’endors avec Philip Glass en sourdine à mon lecteur MP3. Mon réveil sonne peu après et je vois un quai arriver : « Basel ». J’ai un changement à Bâle. Un peu assommé par le réveil je descends. Puis une particule m’intrigue : « Bad », « Basel Bad ». Mon cerveau est lent. Pour l’instant je suis comme bercé par cette jolie nuance : « Bad » (Bains). Tiens ? Bâle est une ville d’eau ? Puis inquiétude : Basel Bad, est-ce bien le Basel où je dois m’arrêter ? Je sors mon itinéraire de ma poche, et je lis « Basel SBB »…. Alors que le train redémarre !

Bad, SBB. C’est quoi d’ailleurs SBB ? En tout cas je suis descendu trop tôt. C’est foutu pour la correspondance…

 

Comme je devais faire un arrêt de quatre heures à la Chaux de Fond, j’espère que je trouverai des correspondances dans ce laps de temps.

Aux renseignements, une jeune femme, un peu sèche, qui ne parle pas Français. En anglais (avec un accent germain sud à couper au couteau) arrive à me trouver une solution. Pas de conséquence j’arriverai à Besançon au même moment. Mais l’itinéraire s’éloigne de plus en plus de celui écrit sur mon billet. J’aurai un nouveau changement dans un patelin en Suisse… Gare aux contrôleurs !

 

Maintenant Basel Bad, en dépit de la jolie couleur de son nom, ne promet rien de palpitant. J’aurai pourtant trois heures à y attendre. En plus, c’est hallucinant que ce petit pays, la Suisse, soit divisé en trois zones linguistiques ! Et j’ai bien senti, lorsque j’ai demandé « Vous parlez Français ? », aussi bien aux renseignements qu’au café où je suis, qu’on se raidissait à ma question. Il est clair qu’on ne désire pas parler Français, affaire de principe !

C’est donc foutu pour passer le temps en conversation…

 

J’aurai quand même le plaisir de voir un concert d’une fanfare mexicaine dans la grande brasserie de la gare, restaurant en grande pompe et bourré de monde.

 

Mais enfin, Basel Bad, c’était long, très long…

 

00 h 00. Fin du voyage alors que je me trouve maintenant au foyer A.G.E. Les lumières des néons me rappellent celles des trains, des gares. Ce voyage a été un cumul invraisemblable d’erreurs ! Au moment de quitter Basel Bad je m’assois sur le quai pour attendre le train. Mais je vois sur le panneau qu’ils ont changé de côté l’arrivée du train : « Oh, je reste là, j’entendrai bien le train arriver ! » Mort d’ennui je me mets à travailler un texte que je viens de terminer, « Rue d’Arènes ». C’est une sorte de Slam. Je travaille mon flux à voix basse. Soudain j’entends un bruit dans mon dos. Un train qui démarre ! Un petit train, alors que j’en attendais un grand qui allait occuper tout le quai ! Mais celui ci s’est arrêté sans bruit et s’est caché dans mon dos ! Raté encore !

 

Je me renseigne auprès d’une jolie jeune femme qui se trouve être française. Elle me dit que le prochain train sera dans 15 minutes. Encore une correspondance perdue ! La jeune femme va me conseiller de passer par Mulhouse et non par la Chaux de fond. Bon conseil qui, en fait, sur le total du voyage, me fera gagner une heure ! Lorsque je lui dirai que j’ai attendu 3 heures à Basel Bad elle me dit : « Mais pourquoi vous n’êtes pas allés directement à Bâle centre, je suis sûre que vous auriez trouver une correspondance beaucoup plus tôt ! » Ca l’a fait éclater de rire ! Mais oui pourquoi ?

 

Parce qu’en fait j’en avais rien à faire d’arriver plus tôt. Ludmila est restée derrière moi et à Besançon, rien d’autre ne m’attendait qu’un appartement froid et un job à commencer à Onze heures du soir. J’avais du temps à perdre et je l’ai bien perdu…

 

Si quelqu’un a réussi à aller jusqu’à la fin du récit de ce voyage, j’espère que vous vous êtes quand même ennuyé un petit peu. C’est normal, on ne peut pas partager que les bonnes choses !

 

Mais je suis sûr que, comme moi, vous ne retournerez jamais à Basel Bad…

 

 

 

 

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Dimanche 19 novembre 2006, Besançon

 

 

Oui, Cébazat, c’était pas ça. Cinq prix ont été distribués à quatre groupes. Mais on peut dire que nos goûts n’étaient pas ceux des jurys, donc, il faut croire que le jury n’avait pas non plus les mêmes goûts que nous. Mais bon, c’est la règle du jeu, et puis il faut reconnaître que nous avons été bien reçus et qu’on ne s’est plaint de rien, pas même de rentrer bredouille.

 

Ces concours sont un peu un sport de combat. Il faut être stratège. Nous ne l’avons pas été. Disons qu’en la matière nous étions un peu verts, c’était le premier concours que nous faisions ensemble, les musiciens et moi. Si l’occasion se reproduit, nous serons plus efficaces, à commencer par notre installation qui a été très maladroite et longue. Cette fois on a compris, on nous y reprendra pas.

 

Et puis je me suis aperçu que le jury a été surpris par au moins deux aspects dont je n’avais pas mesuré les risques. Premièrement, à propos de « La fille du poète ». Je croyais ce texte immédiatement perceptible. Ben non. Ils ne l’ont pas compris. J’ai raconté le résumé de l’histoire à un des membres du jury après la malheureuse (pour nous) remise des prix. A la fin il m’a dit « Ah oui, c’est clair ! Mais je n’y ai pas pensé » Bon, c’est ainsi. « La fille du poète » n’est donc pas une bête à concours. Deuxièmement, à propos de « Nedo et Sanela ». Le jury, quoi qu’ayant apprécié la manifeste qualité de la voix de Ludmila, a trouvé que, bon, cette voix lyrique, cela n’entrait pas dans la chanson populaire française. D’autant plus que Ludmila n’a pas participé aux deux autres chansons, qu’elle est arrivée à la troisième et dernière et qu’on n’a pas saisi de lien entre cette chanson avec cette voix particulière et les deux autres chansons. Donc, il faut aussi que nous songions à intégrer davantage Ludmila à l’ensemble de notre répertoire, surtout s’il est réduit à trois chansons !

 

Voici les principales critiques que nous avons eues. En résumé une incompréhension manifeste. Ceci dit, pour « Nedo et Sanela » je peux dire qu’elle a été très bien interprétée et que voilà, tant pis si c’est pas du premier coup qu’on se fait comprendre. Je pense que le disque prochain, quand on aura réussi à le mettre en boite, nous rendra justice.

 

Ce concours marquera pour le groupe la fin d’un cycle. En effet, Titi Lorée, notre bassiste, a décidé de cesser de travailler avec nous, argumentant qu'il n'était pas satisfait de la manière dont nous travaillions (pas assez de répétitions) et jamais convaincu du résultat de nos prestations. 

 

Si l’on se souvient les incidents de notre tournée en République tchèque, et si l'on imagine que ces incidents, bien que je n’en aie pas parlé, aient eu, par la suite, un certain nombre de petits, on comprendra que cette décision a été assez bien accueillie par les autres membres du groupe. En effet, Titi a des comportements qui, s’il n’y voit, lui, rien d’anormal, n’étaient pas du tout jugés de la même façon par les autres musiciens. Générateur d’un stress quasi permanent au sein de l’équipe, son départ a été pour eux un soulagement. Ceci est tout à fait injuste si l’on compare cette nuisance à la qualité de sa participation musicale. Titi avait une basse précise et un jeu dynamique, il apportait une seconde voix très assortie à la mienne, il se mettait parfois à la batterie pour réaliser avec Jean-Paul aux percussions un duo rythmique irrésistible, sans compter les arrangements et le maquettage de certains morceaux comme « quitté » et « le photographe ne l’appelle plus ». Je peux donc lui rendre hommage pour ses qualités musicales mais je pense que cette tension qu’il fait peser sur son environnement, tension qu’il est certainement le premier à subir, en fait un partenaire trop instable et difficile. Et je crains pour lui qu’il n’ait pas fini d’en faire les frais, mettant son existence de musicien en danger, ou, en tout cas, en perpétuelles difficultés.

 

Nous allons donc nous mettre en quête d’un nouveau collaborateur.

 

Il y aura aussi un autre changement. L’entrée dans le groupe d’un nouveau musicien, avec qui j’avais joué au temps de Philépotes. Alexis Requet est un saxophoniste talentueux qui avait particulièrement bien compris le type de jeu dont nos chansons avaient besoin. Joueur de saxophone soprano et ténor, il pouvait s’adapter à l’ensemble des styles du répertoire. Humainement Alexis est un jeune homme extrêmement aimable et intelligent. Je me réjouis qu’il se joigne à notre petite équipe qui, pour l’instant, est composée de musiciens de grand niveau, Karel, formidable d’imagination et de richesse harmonique, aux claviers et à la guitare classique, Jean-Paul Simonin, adorable homme plein de sagesse et expert dans la chanson d’auteur, Ludmila avec sa voix incomparable, et bientôt un virtuose et sensible saxophoniste.

 

On saura bientôt qui prendra la place de Titi qui nous abandonne. En attendant, si vous connaissez en Franche-comté quelque bon bassiste motivé par la chanson métissée, n’hésitez pas à lui faire part de notre requête !

 

Incontestablement un nouveau cycle se prépare, avec des promesses de concerts importants dans la région Rhône-Alpes et une équipe composée d’amis, de complices impliqués dans une création qui n’attend plus que le vent de cet ensemble de talents pour s’envoler…

 

 

 

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